Arrivées sur place...

...les petites bouilles joyeuses sont accueillies par un homme aux allures de vieux sage. Ancien employé du CRA (Centre de recherche apicole), M. Stephan Werner* est désormais directeur du MFAA.

Les enfants pénètrent dans l’enceinte, subjugués par ce bijou d’architecture contemporaine aux allures de ruche géante. Un enseignant leur fait signe de se taire et c’est avec une pointe d’émotion que M. Werner introduit la visite.

Garantes de la biodiversité

«Il fut un temps où, en se promenant dans nos prairies alpines, nous pouvions assister au merveilleux ballet de petits insectes jaune et noir que l’on appelait «abeilles». Il y avait deux grandes catégories. Les abeilles sauvages et les abeilles domestiques. Ces dernières, plus proches de l’homme, vivaient dans des ruches à proximité des habitations. Ceux qui s’en occupaient étaient des apiculteurs et des apicultrices. Sur l’ensemble de la planète, on ne comptait pas moins de 17 000 espèces d’abeilles, souligne M. Werner. C’est grâce elles que la nature était si belle, variée, colorée, abondante. Sans les abeilles, les êtres humains n’auraient jamais pu manger des fruits et des légumes.»

Une petite fille lève le doigt: «C’est quoi monsieur des fruits et des légumes?»

M. Werner reprend en souriant: «C’était des aliments naturels qui poussaient dans les champs, les vergers et les jardins grâce à ce que l’on appelait la pollinisation naturelle par les abeilles. En allant chercher de la nourriture dans les fleurs, des petites graines s’accrochaient à leurs pattes puis se détachaient dans d’autres fleurs. Cela permettait de donner naissance à des fruits et à des légumes riches en vitamines, à de nouvelles espèces de plantes et de fleurs. On les avait surnommées «ensemenceuses planétaires.» Malheureusement, les abeilles ont été progressivement remplacées par des drones pollinisateurs.»

Catastrophe écologique

«Les abeilles contribuaient ainsi à l’équilibre naturel de l’écosystème, c’est-à-dire la communauté des êtres vivants, les uns au service des autres, explique le directeur. Il faut savoir aussi que les abeilles produisaient beaucoup de miel.

C’était leur réserve de nourriture pour l’hiver. Il y en avait suffisamment pour que les hommes puissent aussi en manger.

Non seulement c’était délicieux, mais en plus, le miel avait des vertus thérapeutiques. Cependant, une catastrophe écologique s’est produite et elles ont pour ainsi dire totalement disparu, principalement à cause des activités humaines. Nous n’avons pas su les protéger.»

M. Werner confie alors les élèves à sa collègue pour une visite holographique de la ruche géante.

Le deuxième groupe de la matinée est constitué d’étudiants HES en sciences de l’environnement. Le thème de la visite est axé sur les facteurs qui ont entraîné la disparition des abeilles.

Interpellé par un étudiant sur un préambule, M. Werner lui répond en ces termes: «Votre remarque est tout à fait pertinente, jeune homme. La valeur économique mondiale de la pollinisation naturelle par les abeilles était pharaonique. Les économistes de l’époque la chiffraient à environ 250 milliards de dollars par an, soit 9% de la valeur alimentaire globale.

Pour en venir maintenant à la cause de leur disparition, plusieurs facteurs en ont été à l’origine et particulièrement l’empoisonnement par les pesticides et autres produits phytopharmaceutiques chimiques.

Après avoir butiné une fleur contaminée, l’espérance de vie de l’abeille ne dépassait pas quelques minutes. Elle mourait en chemin, avant même d’avoir eu le temps de rejoindre sa colonie.

Les monocultures, la réduction de la biodiversité, l’agriculture intensive s’inscrivaient aussi dans le top ten des tueurs d’abeilles. Certaines espèces ne trouvaient plus suffisamment de nourriture et mouraient de faim. Il est aussi important d’évoquer les causes génétiques. En voulant créer des abeilles d’élite, en termes de production miellifère, des apiculteurs peu scrupuleux ont sonné le glas de la diversité génétique, condamnant certaines espèces à une mort certaine.»

Peut-être avez-vous aussi entendu parler du Vespa Velutina, plus connu sous le nom de frelon asiatique, poursuit M. Werner. Cet hyménoptère importé d’Asie a colonisé l’Europe dans les années 2010 et s’est attaqué à tous les ruchers qu’il trouvait sur son passage dans certaines régions; ce fut un véritable génocide pour les abeilles.

Enfin, pour finir, les abeilles ont aussi été confrontées à certaines maladies virales ou spongiformes. Photosensibles par nature, elles n’ont pas non plus été en mesure de résister à l’intensification de la pollution électromagnétique.»

Ce que nous aurions dû faire pour sauver les abeilles

«Si l’homme avait réagi à temps, s’exclame le directeur, rien de tout cela ne serait arrivé. Il aurait suffi de privilégier l’utilisation d’engrais et de produits phytopharmaceutiques naturels, d’encourager la permaculture, la biodiversité, de manger bio et local, de réduire la puissance du rayonnement électromagnétique.

De leur côté, les particuliers auraient dû affirmer de manière plus marquée une philosophie écologique en gestation et surtout poser des actes concrets en matière de comportements économico-alimentaires, conclu M. Werner.»

Puisse cette fiction ne jamais devenir réalité.

* Noms fictifs