Comme la mort...

...le vieillissement est indissociable de la vie. Dès qu’on a fini de grandir en somme, on commence inexorablement à vieillir. Et naturellement personne n’ambitionne de mal vieillir, de même que personne ne souhaite mal vivre.

Lorsqu’on discute avec des personnes approchant l’âge de la retraite, on se rend toutefois vite compte que derrière l’espérance commune de pouvoir «bien vieillir», des visions assez distinctes peuvent s’exprimer.

Pour certains, bien vieillir, c’est d’abord pouvoir rester jeune le plus longtemps possible, en évitant au maximum les «signes extérieurs de vieillesse». En particulier, on espère ne pas avoir à affronter des difficultés physiques ou intellectuelles invalidantes liées à l’âge. Et rester indépendant, mobile et actif très longtemps. Soit en fin de compte repousser au maximum l’échéance de la vieillesse et continuer à vivre sa vie comme avant. Si la vieillesse est un passage obligé, il faut qu’elle soit la plus courte possible.

Pour d’autres, bien vieillir, c’est a contrario pouvoir se réaliser autrement que pendant la vie active et marquer une rupture. Soit disposer d’une deuxième partie de vie différente, nourrie d’autres expériences, d’autres projets, à un autre rythme. Certains attendent même la vieillesse avec une certaine impatience pour pouvoir en jouir pleinement, et longtemps.

Dans les deux cas...

...une nouvelle réjouissante est que nous disposons en Suisse d’une des plus longues espérances de vie au monde. Même si le corps humain n’oublie que rarement les excès qu’on a lui a fait subir, chacun dispose dorénavant en moyenne d’une vingtaine d’années d’existence à la retraite. Il vaut donc la peine de mener assez tôt une réflexion sur ce que signifie «bien vieillir» sur un plan personnel, afin de prendre à temps les bonnes décisions pour y parvenir.

Tout n’est cependant pas qu’une question d’anticipation et de choix individuel. De fait, la qualité de vie des personnes âgées reste très liée au cadre de vie au sens large, donc au contexte familial, social, économique et sanitaire. On ne peut pas bien vieillir tout seul, dans un environnement qui n’est pas propice.

Par exemple, quels que soient nos mérites au cours de notre vie professionnelle, nous ne disposons que d’une emprise partielle sur les conditions financières de notre retraite. Le montant de nos rentes ou des aides possibles se décide ailleurs, un peu dans les entreprises et beaucoup dans l’arène politique.

C’est bien la société...

...qui fixe démocratiquement le niveau souhaité ou possible de solidarité des actifs envers les retraités. Il en va de même pour l’offre en prestations sociales ou de santé, dont nous aurons peut-être besoin pour bien vieillir, mais qui est le résultat de la mobilisation de ressources collectives au niveau communal, cantonal et fédéral.

Les politiques d’aménagement du territoire, du logement, de mobilité, de sécurité ou culturelle fondent aussi un cadre de vie plus ou moins favorable aux personnes âgées.

Comme dans la légende du colibri, qui essaie d’éteindre un incendie dans la jungle en transportant de minuscules gouttes d’eau avec son bec, chacun devrait agir en faisant sa part, à son niveau. Mais l’effort collectif reste indispensable.

Pour que le plus grand nombre de citoyens suisses puisse avoir la chance de bien vieillir individuellement, il convient que cet objectif général soit largement partagé. C’est évidemment d’autant plus nécessaire dans un pays qui verra le nombre de retraités doubler d’ici à 2060.

L’ensemble des collectivités publiques, des organisations sociales actives sur le terrain, mais aussi des entreprises, doivent impérativement questionner leurs attitudes, leurs actions et leurs budgets, pour savoir s’ils contribuent suffisamment à créer des conditions favorables à cet épanouissement, bien légitime.

Image Tristan Gratier © Pro Senectute Vaud – Philippe Pache