En quoi notre système de prévoyance est-il si particulier?

Le système de prévoyance helvétique est inscrit dans la Constitution suisse, il repose sur trois piliers que sont l’assurance-vieillesse, survivants et invalidité fédérale, la prévoyance professionnelle et la prévoyance individuelle.

Le 1er pilier (AVS/AI/APG) est financé selon le principe de la répartition, ce qui veut dire que les assurés actifs financent directement les bénéficiaires de rentes. Le 2e et le 3e piliers sont des régimes basés sur le principe de la capitalisation.

Il est prévu que la Confédération veille à ce que les deux premiers piliers remplissent leur fonction de manière durable et qu’elle encourage la prévoyance individuelle par des mesures fiscales et par une politique facilitant l’accession à la propriété.

Pourquoi est-il nécessaire de le réformer?

La priorité se situe au sein de l’AVS qui a été créée en 1948 et dont la dernière révision date de 1997, soit il y a plus de vingt ans! Initialement, l’AVS et l’assurance invalidité (AI) ne formaient qu’un seul ensemble d’assurance.

Suite au déficit de l’AI d’environ CHF 5 milliards, il a fallu prendre des mesures afin de ne pas péjorer l’ensemble du système de prévoyance. Par la votation du 27 septembre 2009, l’AVS et l’AI ont été scindées en créant un Fonds AI indépendant dès 2011.

Le remboursement de la dette de l’AI envers l’AVS au 1er janvier 2018 s’élève à CHF 3,5 milliards et à l’échéance du plan de paiement, l’AVS ne pourra plus compter sur ces entrées. Si des mesures ne sont pas prises dans les dix années à venir, nous assisterons à un déficit conséquent du 1er pilier.

Par ailleurs, nous rappelons que l’AVS est déjà sous pression face aux enjeux démographiques.

Quels sont précisément ces enjeux démographiques?

Nous mesurons aujourd’hui, et pour les années à venir, les effets du baby-boom qui a surgi dans les années 60 et qui entraînera l’apogée d’une génération de papy-boomers. Lorsqu’en 1948, on comptait 6,4 cotisants pour 1 bénéficiaire de rentes dans le 1er pilier, nous passerons sous la barre des 2 cotisants pour 1 rentier d’ici 2050. Aussi, la durée des prestations de retraite ne fait que s’allonger et d’ici 2050, l’espérance de vie des femmes augmentera de 3,2 années, et celle des hommes de 2,7 années. Ces données doivent être prises en compte dans le développement d’une réforme de grande ampleur. En ce qui concerne le 2e pilier, l’évolution est moins préoccupante dû au fait que ce système fonctionne par capitalisation.

Quid de la retraite anticipée?

Une retraite de manière anticipée signifie forcément une diminution des prestations ordinaires. Il est donc crucial de prendre les mesures qui s’imposent durant la période active. Les assurés ont la possibilité de financer une retraite anticipée par le biais de la prévoyance privée, qui constitue le 3e pilier.

Dans ce contexte, les assurés bénéficient d’avantages fiscaux, tant dans le cadre du 3e pilier, que lors du rachat des lacunes de cotisation dans la caisse de pension.

Comment réforme-t-on durablement un système de retraite?

Une telle réforme ne peut s’articuler qu’autour de trois axes. Le premier est l’amélioration du financement par l’augmentation des cotisations et la diversification des sources de financement (TVA, impôts, taxes …). Le deuxième est de réduire le nombre, le montant et la durée des prestations.

Enfin, le dernier axe se concentre sur des mesures peu populaires telles que l’augmentation de l’âge de la retraite.

Y a-t-il du souci à se faire pour nos retraites? 

Non, nos politiciens sont compétents, proactifs et ils ne manquent pas d’idées dans le cadre des nouvelles réformes soumises récemment (prévoyance 2020, la réforme sur les prestations complémentaires et prochainement la réforme sur les entreprises 17 où nous pourrons nous attendre à un package regroupant également la question de l’AVS).

L’enjeu pour nos dirigeants résulte essentiellement dans le fait de proposer des réformes qui tiennent compte des enjeux économiques, sociaux, culturels et historiques. Il incombe également aux citoyens de prendre conscience de la nécessité concernant les mesures qui touchent à la prévoyance privée.

Aussi, il conviendra de faire bon usage du pouvoir décisionnel qui leur est conféré par le biais du droit de vote.